L’open source, un atout clé pour les collectivités face aux défis numériques
Entre souveraineté numérique, mutualisation des coûts et coopération territoriale, l’open source offre des réponses concrètes aux enjeux actuels. Elle s’impose aujourd’hui comme une solution stratégique pour les collectivités.
À l’occasion de l’édition 2025 de Numérique en Commun[s], nous avons interrogé Nicolas Vivant, directeur de la stratégie et de la culture numériques de la ville d’Échirolles, et Thibaud Chambert-Loir, responsable de La Suite Territoriale à l’Incubateur des territoires de l’ANCT. À travers cet entretien accordé à l’ANCT, ils expliquent comment l’open source redéfinit la gestion du numérique local, à travers des initiatives comme la Suite Territoriale ou France Numérique Libre, et pourquoi elle pourrait bien devenir un standard pour les territoires.
Pourquoi réunir les experts du numérique des collectivités en petit comité à la veille du NEC ?
Nicolas Vivant : Ce comité, en apparence restreint, rassemble aujourd’hui bien plus d’acteurs qu’il y a un an. Depuis le NEC 2024, les échanges et collaborations se sont intensifiés, permettant l’émergence de nouveaux projets.
Thibaud Chambert-Loir : Numérique en commun[s] est une occasion rare d’échanger en présentiel sur notre cœur de métier : le logiciel libre et les communs numériques. Notre écosystème, riche et diversifié (opérateurs publics de services numériques, collectivités, prestataires, coopératives), en fait sa force.
Nicolas Vivant : Nous avons créé France Numérique Libre, un collectif qui fédère les responsables informatiques des collectivités autour des logiciels libres, comblant ainsi un manque d’outils dédiés à leur collaboration.
Thibaud Chambert-Loir : L’ambition de France Numérique Libre est de créer une dynamique collective autour d’un objet partagé, en lien avec l’ANCT et la DINUM.
Que peut apporter l’open source aux collectivités ?
Nicolas Vivant : La souveraineté numérique est devenue un enjeu central, notamment face aux tensions géopolitiques. Les logiciels libres réduisent la dépendance aux acteurs externes et sécurisent les données des administrés. Les échanges entre collectivités enrichissent les projets grâce aux retours terrain, avec déjà des résultats concrets.
Thibaud Chambert-Loir : L’open source repose sur trois piliers : la mutualisation des ressources, les communautés actives et la gouvernance partagée. Depuis 2016, la Loi pour une République numérique impose aux organismes de service public d’ouvrir par défaut leurs données publiques, documents et codes sources. Elle encourage l’utilisation de formats ouverts et de logiciels libres. Dans un contexte budgétaire tendu, mutualiser les ressources est indispensable pour créer des services utiles à tous.
Nicolas Vivant : Oui, et l’open source offre une double opportunité : des économies significatives et un dynamisme accru pour l’écosystème local, renforçant l’autonomie des administrations et l’économie française.
Pouvez-vous présenter une ou deux initiatives emblématiques ?
Nicolas Vivant : Tout à fait. Prenons l’exemple de la ville de Claix, près de Grenoble. Après l’expiration de son logiciel de messagerie, cette collectivité a migré vers une solution open source grâce à un projet collaboratif porté par un syndicat intercommunal, le SITPI, et la DINUM, sans coût public.
Thibaud Chambert-Loir : Les services numériques de l’ANCT mis à disposition des plus petites collectivités, via la Suite territoriale, reposent sur les mêmes principes : open source et gouvernance collaborative associant l’ensemble de l’écosystème (ANSSI, opérateurs publics de services numériques et collectivités). À l’objectif initial — protéger les collectivités les plus vulnérables face aux cyberattaques (« pourquoi ») — s’ajoute désormais un impératif : la collaboration (« comment »).
L’open source doit-elle se développer davantage ? Quels écueils éviter ?
Nicolas Vivant : Oui, l’open source est la réponse la plus adaptée aux enjeux nationaux et européens. L’Europe est aujourd’hui en avance sur les États-Unis dans ce domaine, et la France figure parmi les leaders européens.
Thibaud Chambert-Loir : L’Europe trace une troisième voie numérique, fondée sur la transparence et la coopération. Le défi est de transformer la diversité des acteurs en une richesse et une collaboration effective malgré leurs enjeux parfois divergents. C’est la difficulté principale à laquelle nous faisons face : faire adhérer de très nombreuses parties prenantes sur une vision commune pour une action coordonnée et efficace.